Une votation qui tombe à pic.
décembre 21st, 2009 § 1 Commentaire
Le timing était parfait. Alors que le Tribunal Constitutionnel semble se diriger vers un rejet des éléments les plus polémiques (et donc les plus chers au coeur des nationalistes), une “plateforme de coordination” a mis en place une votation dans 166 municipalités de Catalogne. Le 12 décembre 2009, les Catalans, mais pas seulement, étaient donc invités à voter pour se prononcer sur leur volonté d’indépendance pour la Catalogne. Le collège électoral avait ici été élargi puisqu’il était possible aux personnes non catalanes et aux adolescents de 16 et 17 ans de voter.
Comme dans toute votation, les résultats étaient courus d’avance. Il était clair, bien avant le scrutin qu’une majorité importante allait se dégager en faveur de l’indépendance. En effet, il est intéressant de constater un certain parallèle de résultats entre la votation catalane et la récente votation française sur le statut de la Poste: une participation faible mais cependant non négligeable à l’échelle choisie (ici 27% du collège électoral défini pour la circonstance), et une majorité écrasante (94,89%). Forts de ce résultat, les organisateurs réclamment à la Generalitat (l’assemblée législative locale) la mise en place d’un référendum à valeur légale pour le 25 avril prochain et portant sur cette même question.
Il serait cependant surprenant, même en faisant abstraction des dispositifs légaux, de mettre en place un tel référendum. Les partis nationalistes ou régionalistes les plus puissants tel le PSC (Parti socialiste de Catalogne), CiU (Convergencia i Unio) ou ERC (Ezquerra Republicana Catalunya) n’étant pas à l’origine de cette votation, l’accepter reviendrait à se faire en quelque sorte “déborder” par un autre groupe sur la scène des revendications nationalistes. L’attitude du président de la Generalitat le jour de la votation l’a clairement laissé entendre. Parallèlement, le chef du gouvernement a manifesté son opposition à cette votation en estimant qu’elle “ne menait nulle part”. Le Partido Popular a lui aussi exprimé son opposition et critiqué “la passivité du gouvernement” face à ce qu’il considère comme une “provocation”.
Si les termes du parti conservateur sont peut être forts, il est nécessaire de constater que
les résultats étaient tronqués dès le départ malgré une volonté louable des organisateurs de se plier à certains procédés en vigueur pour les référendums (système informatique de contrôle des cartes d’identité, centralisation des votes, présence “d’observateurs internationaux”). En effet la formulation de la question (êtes vous pour que la Catalogne deviennent un Etat de droit, indépendant, démocratique et social, intégré à l’Union Européenne?), le collège électoral choisi ( non catalans et jeunes de 16 et 17 ans) et la présence récurrente de drapeaux indépendantistes dans les bureaux de vote nuancent la crédibilité de ces résultats. De même, l’orientation politique des observateurs internationaux venus pour l’occasion (membre du parti Sinn Féin d’Irlande, de Corsica Libera de Corse, d’un groupe indépendantiste flamand, ou encore du parti nationaliste écossais) laisse dubitatif quant à l’impartialité de leur jugement. Enfin, la participation est apparue comme relativement faible. Rappelons tout de même que les suffrages exprimés (192.460) représentent, malgré l’élargissement de la base des électeurs par les procédés décrits plus hauts, à peine un tiers des personnes appelées à voter (702.072), mais surtout moins de 0,6% des 35 millions d’électeurs espagnols (source INE).
