Margin Call

mai 27, 2012 § Poster un commentaire


Margin Call traite de la faillite d’une banque en 2008, risquant d’entraîner avec elle une bonne partie du système financier mondial. Bien que n’étant pas évoqué, le nom de Lehman brothers vient immédiatement à l’esprit de spectateur.

Bénéficiant d’un casting efficace – Kevin Spacey, Demi Moore, Jeremy Irons, Simon Baker entre autres – le film bénéficie d’une réalisation qui parvient à mettre en relief la tension qui règne dans les open space des grandes (et des petites) banques d’investissement.

Le pitch est le suivant: Alors que de sérieux remaniements sont mis en place au sein du personnel d’une grande banque, le responsable du contrôle des risques est limogé brutalement après 20 ans de bons et loyaux services. En partant, il laisse des documents à l’un de ses jeunes analystes qui les étudie. Sa découverte va révéler de terribles failles dans le modèle mathématique qui gère les risques pris par la banque.

Alors que l’on pouvait craindre un énième film qui tendrait vers le thriller et où l’employé modèle risquerait sa vie pour qu’éclate la vérité, le film de J.C.Chandor se révèle délicieusement froid et réaliste. Pas de coup de feu, pas de courses poursuites, rien que les couloirs stéréotypés de l’entreprise et des dialogues fins et révélateurs à la fois de l’ambiance d’une salle de marché et de la violence feutrée des salles de réunions. La prestation de Jeremy Irons, en PDG froid et incisif y est pour beaucoup, soutenu par des comédiens tout en juste retenue.

Bref, un film que je vous recommande vivement!

 

La crise économique et budgétaire comme levier de recentralisation pour le gouvernement espagnol.

mai 26, 2012 § Poster un commentaire


Une crise économique et budgétaire profonde.

Les spreads à 10 ans sur la dette espagnole ont connu une forte progression depuis 2008, augmentant le coût du refinancement de la dette espagnole

La crise économique espagnole est sans appel. Officiellement en récession –trouver les chiffres-, présentant un taux de chômage de 24% (près de 50% chez les moins de 25 ans) et un déficit estimé à 6,2% pour l’année 2011;

Pour ce faire, l’Etat espagnol a prévu une diminution de son budget pour 2012 de 27 milliards d’euros. Décrit comme « le plus grand effort budgétaire de l’histoire démocratique de l’Espagne » par le  ministre du Budget, Cristobal Montoro, cette coupe budgétaire, bien que nécessaire, participe cependant à l’enfoncement progressif dans la récession que connaît ce pays.

La crise budgétaire comme levier de réforme de l’Etat et de la répartition des compétences …

La crise économique a porté au pouvoir le Parti Populaire (PP) au congreso de los diputados fin 2011. Alarmés par cette alternance politique, les partis nationalistes dénonçaient, dès l’investiture du chef du gouvernement Mariano Rajoy, la « rencentralisation » que laissait entrevoir ses déclarations. Ce terme n’apparaît cependant pas dans le programme de l’actuel chef du gouvernement et le processus est même nié par la présidente du PP en Catalogne Alícia Sánchez Camacho.

Cependant, le  mouvement de recentralisation est pourtant bien entamé en Espagne et le discours qui l’accompagne s’amplifie par le biais des déclarations de plus en plus précises de la présidente de la communauté de Madrid, Esperanza Aguirre. La loi d’équilibre budgétaire, en contraignant fortement les finances publiques des autonomies, prépare le terrain.

L’actuel ministre du budget espagnol, Cristobal Montoro.

Dans le viseur du gouvernement, la recentralisation des compétences en matière de santé, d’éducation ou encore de justice. Le prétexte avancé – la rationalisation des moyen dans un contexte de rationalisation budgétaire fort- est parfois perçu comme l’opportunité de remettre à plat les décentralisations espagnoles.

En effet, de par sa complexité, la décentralisation espagnole pourrait s’avérer un obstacle à la fois au développement économique (des droits différents selon les autonomies), mais également au principe d’unité nationale. A titre d’exemple, la catalogne dispose, de par l’Estatut de Catalunya de la possibilité de « conserver, modifier ou développer un droit civil catalan » de « développer une police autonome » ou encore « la régulation et l’administration de l’enseignement dans toute son étendue, niveaux et grades, modalités et spécificités ».

… qui se heurte à la fronde des autonomies

Une certaine résistance à ces mouvements s’organise, particulièrement en Catalogne. Ainsi, le govern catalan a ainsi annoncé le 8 mai 2012 une série de mesures visant, selon la déclaration de presse, à « faire face » à l’action de « recentralisation et récupération de compétences » exercée par le gouvernement.

Le porte parole de l’exécutof catalan, Francesc Homs, a ainsi affirmé que ces mesures –que l’on qualifiera d’obstruction judiciaire- ont pour objectif de protéger les compétences qui reviennent « légitimement » au govern. Celui-ci a continué en dénonçant les « doublons » générés par des ministères « qui ne devraient pas exister puisqu’ils n’ont pas de compétences ».

Quel rapport de force aujourd’hui?

A l’image des modèles de finances publiques français, les règles de finances publiques espagnoles sont mal connues de la population et présentent qui plus est la particularité de varier dans leur application en fonction de l’autonomie concernée et des compétences accordées. A titre d’exemple, l’autonomie basque dispose d’un droit historique à lever l’impôt. L’autonomie catalane a quant à elle négociée dans son Estatut de catalunya la fin du principe de solidarité entre autonomies pourtant solidement ancré dans la Constitution.

Une étude récente universitaires Víctor Pérez-Díaz, Josu Mezo y Juan Carlos Rodríguez sur le thème de « la crise et les autonomies » s’est appuyée sur un sondage réalisé auprès de 1429 personnes afin de mesurer le rapport de la population espagnole avec son système de décentralisation.

La première remarque de cette étude s’attarde sur la complexité de ce modèle et sur la faible connaissance de la population des mécanismes de finances publiques existants. Ainsi, 90% des sondés estiment le système de décentralisation  espagnol « peu ou pas transparent » et 80% estiment le niveau d’endettement de leur autonomie comme « préoccupant ou très préoccupant ».

Autre constat, le sentiment de dysfonctionnement des autonomies espagnoles est partagé par l’ensemble des populations de ces autonomies à l’exception -notable- de la catalogne et du pays basque. Si les Espagnols approuvent très fortement un modèle dit « autonomique », 85% estiment que le système actuel est « inégal ». Ce manque de transparence et d’équité peut être interprété comme un des éléments qui pousse l’opinion à appuyer majoritairement le mouvement de recentralisation qui est en cours.

Avec un soutien de 60% de la population à l’intégration de la « règle d’or » budgétaire dans la Constitution, le gouvernement espagnol pourrait s’appuyer sur ces principes pour effectivement recentraliser et remettre à plat progressivement les compétences des autonomies espagnoles en étatisant certaines d’entre elles. L’éventualité de cette réforme est d’autant plus grande que les deux autonomies les plus réfractaires (Pays Basque et Catalogne), ne représentent qu’une part très faible de l’électorat traditionnel du parti actuellement au pouvoir.

La lettre et l’esprit redémarre!

mai 2, 2012 § 2 Commentaires


Après plusieurs mois de mise en veille, la lettre et l’esprit redémarre! Toujours centré sur l’Espagne, la Catalogne et les questions en lien avec l’indépendantisme, j’espère également pouvoir l’orienter parfois vers des thèmes plus légers (littérature, cinéma).

A très vite!

Une majorité nationaliste au parlement catalan

décembre 1, 2010 § Poster un commentaire


Dimanche 28 novembre au soir, tombaient les résultats des élections catalanes. Si les sondages prédisaient déjà une victoire du groupe nationaliste  CiU, rares étaient les pronostics accordant une si large victoire au parti d’Artur Mas. Avec 62 députés sur 135 sièges, le parti obtient une majorité confortable mais pas absolue.

 

Artur Mas dans les bras de Duran i Lleida au moment de la proclamation des résultats

Une victoire presque totale

 

La nouvelle composition du parlement catalan signe la fin du tripartisme qui prévalait jusqu'alors

Avec plus d’un million de suffrages exprimé en leur faveur, les nationalistes catalans de Convergencia i Unio ont remporté une large victoire. Plus incisifs mais également plus « généralistes » que leurs adversaires politiques directs, le parti mené par Artur Mas a avant tout bénéficié de son image de sérieux et de compétence face à la crise économique qui touche l’Espagne en général et la Catalogne en particulier. Précisons que CiU était déjà le parti le plus important lors des élections autonomiques de 2006 mais qu’une coalition entre le Partis Socialiste de Catalogne (PSC), Ezquerra Republicana de Catalunya (ERC, parti d’extrême gauche indépendantiste) et Iniciativa per Catalunya Verds (ICV, parti d’extrême gauche, écologiste et indépendantiste) avait été forgée. Formalisée par le « Pacte de Tinell », le Govern tripartit avait permis à José Montilla (PSC) de prendre la présidence de la Generalitat. Ce pacte  (tirant son nom du salon de Barcelone où il a été signé) précisait pour l’anecdote, outre une série de mesures et de principes, « qu’aucune alliance avec le PP, à la Generalitat comme au niveau de l’Etat » n’était possible.

Le tripartisme paye la crise économique et l’échec partiel de l’estatut

Ce sont aujourd’hui ces mêmes partis qui se retrouvent fragilisés. En effet, le PSC, meneur du tripartisme a effectué le plus mauvais score de toute son histoire et n’obtient que 28 sièges (contre 37 en 2006). De même, ERC voit son importance au parlement décroître fortement et perd plus de la moitié de ses représentants (10 en 2010 contre 21 en 2006) tandis  qu’ICV voit le nombre de ses députés passer de 12 à 10.  C’est donc bien l’ensemble du tripartisme qui n’a pas su convaincre son électorat et qui voit aujourd’hui sa position fortement affaiblie.

Ce revers s’expliquent en grande partie par la crise économique qui frappe durement la Catalogne mais également par la décision récente du tribunal constitutionnel espagnol de limiter certains aspects de l’estatut. Ces deux raisons semblent en effet se compléter pour expliquer la sérieuse défaite des tenants du pouvoirs en Catalogne depuis 2006, rendant dès lors difficile une lecture qui ne se fonderait que sur l’axe du nationalisme et de l’indépendantisme.

Une victoire de l’indépendantisme?

Joan Laporta et trois autres députés de SI font leur entrée à la Generalitat

La question mérite en effet d’être posée. En effet, si les partis nationalistes représentent une majorité écrasante, les partis indépendantistes ont en règle générale vu leur soutien populaire diminuer (24 aujourd’hui contre 33 en 2006).  A noter cependant, l’arrivée à la generalitat du parti indépendantiste Solidaridat Catalana per la Independencia (SI) mené par l’ancien président du FC Barcelone Joan Laporta qui recueille 4 sièges.

Parallèlement, le parti que l’on peut qualifier « d’anti-nationalistes » qu’est le PP est passé de 14 à 18 représentants, passant devant ERC comme troisième force politique de cette région. Le parti de droite « castillane » devient dès lors une option possible d’alliance pour CiU bien que controversée.

Quel alliance politique pour CiU?

Ainsi, dans un débat télévisé précédant les élections, Artur Mas avait ainsi laissé plané une nécessaire ambigüité sur la position indépendantiste de CiU, estimant qu’un référendum sur l’indépendance n’était pas contraire à la constitution (contrairement à la position défendue par le Parti Socialiste Catalan (PSC) et le Partido popular (PP)) mais qu’il était nécessaire de la présenter  « au moment adéquat » afin d’être sûr de le remporter. En effet, le taux d’abstention encore relativement important pour ces élections (40%) et la prééminence des questions économiques relativise toute interprétation indépendantiste de ces élections.

Il n’apparaît donc pas excessif d’imaginer que les actions prioritaires de CiU devraient s’orienter avant tout vers une relance de l’économie quitte à mettre de coté, du moins temporairement, la question souverainiste catalane. Ce refus dans  l’immédiateté de la revendication indépendantiste ainsi que la vision, plus consensuelle et probablement plus fine, privilégiant une autonomie quasi-totale, vaut cependant a CiU le refus des partis les plus indépendantistes de se ranger à leur coté. Joan Laporta (SI) a ainsi marqué son opposition à tout accord avec le parti majoritaire tant que celui ci refuserait de signer une « déclaration unilatérale d’indépendance » sur le modèle du Kosovo.

Ainsi, l’un des propositions clé de la campagne d’Artur Mas, à savoir la mise en place d’un concierto economico (accord économique) a partiellement remis en cause par le numéro 2 de CiU, Felip Puig. Ce système fiscal dont bénéficie le Pays Basque et la Navarre pour des raisons historiques devait être mis en place pour réduire le « déficit fiscal » de la Catalogne vers l’Espagne de 10% de son PIB à 5%. Par la remise en cause partielle de cette proposition, CiU envoie un signe au PP et au PSC, afin d’obtenir, si ce n’est le soutien, au moins l’abstention de ces partis lors du vote déterminant le président de la Generalitat. ERC pourrait également s’abstenir, garantissant ainsi l’élection d’Artur Mas dès le premier tour.

Un record du monde en faveur de l’indépendance de la Catalogne

novembre 6, 2010 § Poster un commentaire


Certains connaissent déjà le principe du lipdub. Cette vidéo promotionnelle conçue sous la forme d’une succession de plans séquence, systématiquement accompagnée d’une musique que les participants chantent en playback. Venue, comme souvent, des Etats-Unis, cette technique de communication a pour objectif de créer un « buzz » et donc un rayonnement important à un coût très limité. Comme ont pu le montrer certaines expériences, l’effet n’est pas toujours positif pour les organisateurs. Souvenons-nous à ce titre du fameux lipdub des « jeunes pop » ou même de celui des Verts, guère plus réussi. Au départ purement promotionnelle, cette mode, semble cependant s’ancrer plus profondément dans le domaine du politique.

Le plus grand lipdub du monde en faveur de l’indépendance catalane.

C’est dans la localité de Vic que le plus grand lipdub du monde a été tourné. L’idée ici est simple. A quelques jours des élections en Catalogne plus de 5000 personnes se sont réunies pour montrer un soutien populaire à l’indépendance et donc indirectement à l’ensemble des partis nationalistes qui se présentent.

CiU en tête mais un nombre d’indécis important.

Selon un sondage réalisé par le centre d’études d’opinion de la Generalitat, le parti nationaliste de centre Convergencia i Unio (CiU) remporterait les prochaines élections. Les sondages lui donnent en effet une avance de 10 points sur son principal adversaire le Parti socialiste de Catalogne (PSC). Comme décrit dans un précédent article, le PSC a en effet souffert politiquement de la décision du tribunal constitutionnel d’annuler les éléments les plus symboliques de l’estatut.

Cependant, le résultat des élections reste encore flou selon ces mêmes sondages. En effet, si CiU conforte une avance notable avec près de 24% des intentions de vote devant le PSC avec 14,4%, le pourcentage d’indécis  se stabilise à près de 17% et pourrait faire basculer l’élection.

Enfin, il est intéressant de noter que la logique nationaliste voire indépendantiste, inhérente aux élections catalanes, ne désamorce pas un mouvement qui se généralise dans les démocraties occidentales et se renforce depuis la crise de 2008: la défiance vis à vis du pouvoir politique. Ainsi, à la question « Quel parti vous semble le plus capable de résoudre les problèmes de la Catalogne? », 38% des catalans répondent « aucun », 19,8% « CiU » et seulement 7,7% « PSC ».

Bien que pessimiste, ce sondage peut être interprété comme favorable à CiU. En effet, plus fort et plus mobilisé ce parti de centre semble bénéficier d’une image plus positive au sein de la population catalane quant à sa capacité à assumer le pouvoir. Un élément que les catalans prendront certainement en compte dans maintenant trois semaines.

Les élections en Catalogne fixées au 28 novembre.

septembre 20, 2010 § Poster un commentaire


La décision est tombée. Le 28 novembre auront lieu en Catalogne les élections autonomiques. Il reste donc près de deux mois aux différents partis en course pour tenter de convaincre les 5,3 millions d’électeurs catalans (chiffres de 2006 selon l’INE). Signe révélateur des difficultés auxquelles est confronté l’actuel gouvernement (voir les précédents articles sur le sujet sur ce même blog), le choix de la date des élections s’est révélé être un vrai casse-tête.

José Montilla durant la conférence de presse (EFE)

Elections et clasico: entre sentiment nationaliste et taux d’abstention

En effet, cette date coincide avec la 13è journée de la liga BBVA qui voit s’opposer, au stade barcelonais du Camp Nou le FC. Barcelone et le Real Madrid. Si cet élément peut sembler être anecdotique, il pose en réalité de nombreux problèmes.

En effet, cette rencontre, hautement symbolique pose la question d’une éventuelle influence sur les résultats électoraux. Le FC Barcelone est, à n’en pas douter, un instrument de propagande. Son slogan « Mes que un club » (plus qu’un club), l’absence de sponsor sur son maillot, les drapeaux et pancartes des supporters ou encore les déclarations présentes et passées de son ancien président Joan Laporta (aujourd’hui candidat à ces mêmes élections au sein d’un parti indépendantiste) représentent un faisceau d’indices qui laisse peu de doutes sur le caractère nationaliste de ce club. Une victoire sur son ennemi de toujours, le Real Madrid, créerait à n’en pas douter une réelle euphorie propre à favoriser ces mêmes partis nationalistes… et les débordements aux abords du stade. A ce titre, les Mossos d’Esquadra (la police autonomique catalane) s’était déclarée défavorable au déroulement de ces deux évènements le même week-end, craignant « les complications » et « le grand effort supplémentaire » en matière de sécurité que cela suppose.

Durant son mandat, l'ancien président du FC Barcelone avait pris le catalan comme langue "officielle" du FC Barcelone

De son coté, le président du gouvernement catalan José Montilla à choisi de passer outre ces considérations et de maintenir cette date. Il lui paraissait en effet  injuste d’organiser une élection un jour ouvrable et donc de risquer un taux d’abstention plus important que la normale.

L’impact du match sur les élections cumulées aux difficultés pour les chaînes de télévision de traiter correctement les deux évènements simultanément ont amené les instances de la Liga à se pencher sur un éventuel déplacement. Ainsi, le président de Mediapro a ainsi rappelé que ce procédé était courant en Espagne puisqu’il arrivait régulièrement que des matchs soient décalés en Andalousie en raison notamment de la Semaine Sainte.

Les prochaines semaines en Catalogne risquent donc d’être chargées, la visite du Pape le 7 novembre à Barcelone venant s’ajouter à l’agitation éléctorale qui ne manquera de monter en intensité au fil des semaines.

Football et politique

Il est possible de s’étonner de la dimension que prend cette affaire. Cependant, la question politique, et particulièrement dans les régions à l’indépendantisme marqué, occupe une place importante dans le sport espagnol et tout particulièrement dans le football. A ce titre, je vous propose comme exemple cette vidéo de la finale de la « coupe du roi » de 2009 opposant le FC Barcelone (catalan) à l’Athletic de Bilbao (basque). Cet extrait nous montre les arrangements sonores et  montages qui ont été nécessaires à la télévision espagnole pour dissimuler les sifflets qui ont accueilli l’arrivée du roi dans les tribunes et la diffusion de l’hymne espagnol.

Les exemples de mélange entre football et politique en Espagne sont nombreux et caractéristiques. Ainsi pour paraphraser Manuel Vasquez Montalban il semble que là bas peut être plus qu’ailleurs, « le football était l’opium du peuple pendant les dictatures, il est désormais la drogue dure des démocraties ».

Face à la puissance chinoise, les relations entre L’Inde et la Corée du Sud s’intensifient.

septembre 15, 2010 § Poster un commentaire


L’information est passée presque inapperçue en France mais elle est pourtant révélatrice. Ce vendredi 3 septembre 2010, la Corée du Sud et l’Inde ont signé deux accords stratégiques à l’occasion d’une visite du ministre de la Défense indien M. Arackaparambil Kurian Antony  à son homologue sud-coréen M. Kim Tae-young. Une première puisque jamais un ministre de la Défense indien n’avait effectué une visite officielle en Corée du Sud.

Un renforcement de la coopération militaire

Les ministres de la Défense Indien et Sud-coréen lors de la signature (photos: chhindits.blogspot.com/)

Ces deux accords portent principalement sur un renforcement de la coopération militaire dans tous ses aspects. Ainsi, le premier de ces Memorandum of understanding (MoU), valable pour une durée cinq ans et renouvellable cinq autres années, comprend des accords en matière d’échange de renseignements militaire mais également des échanges d’officiers et la réalisation de manoeuvres aériennes ou maritimes conjointes. Un autre de ses volets comprend une coopération appronfondie pour les opérations humanitaire et de maintien de la paix.

Le second accord vise quant à lui en un échange qui se veut mutuellement profitable de compétences en lien avec les industries de Défense. La Corée est en effet à la pointe en matière de construction navale alors que l’Inde bénéficie d’une expérience importante en matière de logiciels informatiques. Le traité prévoit ainsi des échanges en matière de recherche et développement. Il précise que le développement d’équipements pour la marine ainsi que de systèmes électroniques est prioritaire.

Une « association stratégique »

Le président sud-coréen lors de sa visite au premier ministre indien.

La signature de ces deux accords ne doit pas être perçue comme un élément isolé. Ainsi, elle s’inscrit dans le cadre plus vaste d’une coopération renforcée entre New-Delhi et Séoul dont le point de départ avait été donné par la visite officielle du président sud-coréen, M. Lee Myunh bak , en janvier 2010. Au niveau politique, le projet de mettre en place un sommet annuel entre les plus hauts responsables de ces pays serait sur la table. Les relations économiques ont elles aussi profité de cet élan et notamment de l’accord de libre échange mis en place au 1er janvier 2010, bondissant de 70% au premier semestre de cette année. Parallèlement, l’Inde espère, avec l’aide de ce partenaire, profiter de cette impulsion pour continuer le développement de son parc nucléaire civil, domaine dans lequel les sud-coréens possèdent une compétence reconnue.

Contrer la Chine… et la Corée du Nord!

Il est difficile de ne pas voir derrière cette série d’accords et l’intensification des relations tant diplomatiques qu’économiques entre Séoul et New-Delhi une réponse à l’alliance, certes imparfaite, mais réelle qui peut exister entre la Corée du Nord et la Chine. 

Le destroyer Haïku participe à l'opération de lutte contre la piraterie en Somalie. (crédits photos: Stephane de Sakutin/AFP/Getty Images)

Face à la montée en puissance et aux nouvelles ambitions chinoises, l’Inde tend à vouloir conserver le contrôle de ses frontières terrestres, mais également une certaine prédominance sur l’Océan qui porte son nom. Or, la volonté de la Chine d’étendre plus largement son influence sur cette zone maritime est claire. La participation à la lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden de la Chine est historique puisque jamais depuis la dernière expédition de l’amiral Tcheng Ho entre 1431 et 1433, la Chine n’avait officiellement envoyé un navire jusqu’aux côtes africaines.

De son coté la Corée du Sud y voit un double avantage. En s’assurant le soutien de l’Inde, c’est à dire de l’un des rares pays de la zone qui pourrait s’opposer à la Chine en tant que puissance régionale voire mondiale, elle se prémunit, en tout cas partiellement, d’éventuelles velléités territoriales de l’Empire du milieu. De la même façon, cette « association stratégique » permet de contrebalançer le soutien chinois au régime nord-coréen. L’intensification récente des tensions entre la Corée du Sud et « l’état forteresse » incite cette première à prendre de sérieuses garanties en matière de sécurité et de Défense. Il est ainsi possible que les voyages récents de Kim-Jong Ill en Chine, outre qu’ils portaient sur sa succession, ne soient pas totalement dénués de liens avec la nouvelle coopération indo-coréenne.

La Generalitat vote l’interdiction des corridas en Catalogne.

juillet 28, 2010 § Poster un commentaire


©torobull.com

Le mercredi 28 juillet 2010, le parlement catalan décidait par 68 voix contre 55 (et 9 abstentions) d’interdire la corrida en Catalogne à partir de 2012. Cette décision, prise dans un contexte européen plutôt favorable doit être perçue au travers de plusieurs prismes: la question des droits des animaux mais également celle, symbolique, de la culture espagnole.

Un antécédent notable et une tendance favorable .

Il est important de noter tout d’abord que cette interdiction est le fruit d’un long processus qui arrive aujourd’hui à son terme en Catalogne mais qui pourrait s’étendre géographiquement à l’avenir. En effet, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Catalogne n’est pas la première autonomie espagnole à interdire cette activité sur son territoire. Déjà en 1991, le parlement des Canaries votait un texte sur la protection des animaux visant au départ à lutter contre les combats de chiens et de coqs (populaires là-bas) mais qui par une interprétation extensive avait servi de support juridique à l’interdiction des corridas. Dans le cas présent, cet élément n’avait pris qu’une importance toute relative étant donné la faible activité et le peu d’engouement des Canariens pour la corrida.

De même en 2007, à l’initiative de lobbies de protection des animaux, le parlement européen s’était prononcé sur une éventuelle interdiction de la corrida dans l’ensemble des pays membres (dont bien évidemment l’Espagne, mais également la France). Cette déclaration, bien qu’ayant été rejetée par une large majorité (74%) montrait une capacité de mobilisation importante sur la question. Il est parallèlement nécessaire de prendre en compte dans l’analyse de ce résultat la volonté des parlementaires européens de consolider la légitimité de l’Union Européenne et à ce titre de ne pas adopter de positions qui seraient perçues comme une attaque frontale contre les éléments d’identité d’un des Etats membres (souvenons-nous des délibérations sur le fromage au lait cru!).

Enfin, dans le même temps, les lobbies tels la SPA ont réussi à imposer la question de la cruauté envers les animaux comme centrale dans le débat sur la corrida au détriment de l’aspect culturel, pourtant important pour saisir l’ensemble de la question. Ainsi, la fondation Brigitte Bardot est même allée jusqu’à solliciter l’avis du Dalaï Lama, qui s’est prononcé dans le sens d’un arrêt de ces manifestations.

C’est dans ce contexte que l’association Prou! (Assez!) a porté devant le parlement catalan une pétition recueillant 140.000 signatures qui demandait l’interdiction pure et simple de la corrida.

La "plateforme" Prou! (Assez! en catalan) est à l'origine de cette proposition de loi.

Le droit des animaux comme prétexte politique.

Il est cependant difficile de ne pas suspecter, derrière cette soudaine sensibilité des députés catalans, une arrière-pensée politique. Cet aspect a été souligné notamment par le député du Partido de la Ciudadania (parti de centre regroupant des intellectuels catalans opposés au nationalisme) Albert Rivera. Dans sa déclaration à la tribune, ce dernier rappelait le goût bien connu du président de la Generalitat pour les corridas cherchant ainsi à démontrer qu’être Catalan et amateur de tauromachie était parfaitement possible. « Ce débat est une hypocrisie », remarque le jeune chef de parti, accusant les députés nationalistes de vouloir « créer un modèle uniforme qui cherche à éliminer tout ce qui sent, tout ce qui rappelle que la Catalogne fait partie de l’Espagne ». Le président de la Generalitat, José Montilla (Parti socialiste de Catalogne), a quant à lui voté contre le texte et a été massivement suivi par son parti mais pas par sa coalition.

La différence s’est donc faite sur une distinction autre que la classique opposition entre majorité et opposition. 61 des 68 votes favorables à cette interdiction proviennent en effet des différents partis nationalistes qui composent le parlement catalan soit Convergencia i Unio (CiU) avec 32 voix, Ezquerra Republicana per Catalunya (ERC) avec 21 voix et enfin le groupe Iniciativa per Catalunya Verds (ICV) allié à Ezquerra unida i Alternativa (EUiA) avec 13 voix. Difficile dès lors, de croire que la protection des animaux a été la principale motivation de la Generalitat. Le contexte de tension entre Barcelone et Madrid ne fait que renforcer cette hypothèse.

Sauf changement législatif, la "plaza de toros monumental" de Barcelone devra cesser d'organiser des corridas dès 2012

L’histoire ne devrait cependant pas s’arrêter là. La présidente du Partido Popular (PP droite) en Catalogne a déjà annoncé son intention de proposer aux Cortes (équivalent espagnol de l’Assemblée nationale) et au Sénat l’intégration de la corrida à la liste des éléments d’intérêt culturel, attribuant à cette manifestation une protection juridique qui la retirerait des compétences de la communauté autonome, rendant ainsi caduque le texte voté. Affaire à suivre.

Estatut de Catalunya: le bras de fer s’engage

juillet 15, 2010 § Poster un commentaire


Comme évoqué précédemment sur ce blog, une manifestation a été organisée le samedi 10 juillet 2010 à Barcelone pour protester contre la décision du tribunal constitutionnel (TC). Largement suivie, elle a été l’occasion pour les partis catalans de faire front ensemble pour défendre ce texte. Cependant, cette alliance, forte en apparence, n’est en réalité que de circonstance.

Une manifestation suivie.

Selon les manifestants, Paul le poulpe aurait déjà fait son choix

La manifestation de samedi, organisée par Omnium Cultural, a réuni selon les estimations entre 56.000 et… 1,5 millions de personnes. Difficile dans ces conditions de mesurer l’importance réelle de cette contestation. L’évaluation du journal  El Pais qui dénombre 425.000 participants semble la plus crédible. Cependant, au delà des aspects arithmétiques, il est intéressant de noter que c’est d’abord une forme, certes fragile mais bien réelle, de consensus politique qui se dégage de cet évènement. L’ensemble des partis favorables à l’estatut était en effet présent ainsi que le président de la generalitat José Montilla (PSC: Parti socialiste de catalogne) accompagné de ses influents prédécesseurs, notamment Jordi Pujol.

Derrière l’unité, des  objectifs différents.

Jose Montilla, premier secrétaire du PSC et président de la Generalitat

Cependant, derrière l’image d’unité qui est véhiculée, il est important de noter les divergences d’interprétation et d’intérêt qui divisent les participants. Prudent, le PSC a voulu insuffler à cet évènement un caractère institutionnel en refusant de se faire la voix des indépendantistes tout en affirmant leur volonté de  défendre « l’honneur de la Catalogne » et « le grand pacte d’Etat qu’est l’estatut« . Les partis nationalistes ont quant à eux affiché plus clairement leurs tentations nationalistes voire indépendantistes. Ezquerra Republicana de Catalunya (ERC) et Iniciativa per Cataluña Verds (ICV), ont ainsi multiplié les appels à l’indépendance. Le parti de centre Convergencia i Unio (CiU), généralement plus modéré mais conscient de l’enjeu politique,  a également  participé à cette marche et dévoilé une tendance indépendantiste plus marquée: à quelques semaines des élections en Catalogne, cette position plus affirmée pourrait lui permettre de reprendre au PSC les quelques voix qui lui ont manqué il y a quatre ans pour remporter le scrutin.

La guerre des banderoles

Cette différence de point de vue s’est particulièrement illustrée lors des négociations précédant la manifestation, et ce tout particulièrement au travers de ce que certains médias espagnols ont appelé la « guerre des banderoles ». Face au slogan clairement indépendantiste « Som una nacio, nosaltres decidim » (nous sommes une nation, à nous de décider) le parti au pouvoir a cherché à minimiser l’impact visuel de cette banderole en tête de cortège sans pour autant renier l’aspect catalaniste qui structure sa base électorale. Son choix s’est alors porté sur un immense drapeau catalan qui coupe le message en deux et derrière lequel se sont rangés les institutionnels. Les représentants des autres partis se sont quant à eux rassemblés derrière la banderole. Ces querelles s’avèrent révélatrices des rivalités politiques exacerbées par l’approche des élections.

Capitaliser sur la frustration

Ainsi, une course contre la montre s’engage pour profiter, dans les urnes, du sentiment de frustration bien réel qui existe chez une partie de la population catalane. L’estatut de Catalunya possède en effet une solide légitimité politique et démocratique puisqu’il a été approuvé, dans le désordre, par la generalitat, par référendum populaire en Catalogne et même par le parlement national! Comme le rappelait Enoch Albert, professeur de droit constitutionnel à l’université de Barcelone, dans une tribune au journal El Pais (09.07.10), les vicissitudes du tribunal constitutionnel espagnol (quatre magistrats dont le mandat a expiré et le décès d’un « sage » dont la place reste toujours vacante) n’ont fait que renforcer le sentiment d’injustice qui s’est exprimé dans les rues de Barcelone.

C’est principalement le Parti socialiste catalan (PSC) qui fait les frais de cette décision, piégé dans une position complexe entre nationalisme et rôle institutionnel. Signe révélateur: le président de la generalitat, a dû être escorté hors du cortège face à l’hostilité de certains manifestants (comme montré à la fin de la vidéo ci-dessus).

Et maintenant?

Josep Antoni Duran i Lleida est le porte parole de CiU aux cortes.

La tension politique semble aller crescendo et la pression exercée par les partis nationalistes a poussé le PSC à multiplier les signes d’apaisement et à demander l’intervention du gouvernement espagnol, lui aussi socialiste, en sa faveur. Ainsi, le 14 juillet avait lieu le traditionnel « débat sur l’etat de la nation » aux cortes, donnant au premier ministre espagnol JL Zapatero l’occasion de s’exprimer sur le sujet. Dans son discours, « Zetape » a clairement annoncé son intention de « respecter et de faire respecter » la décision du TC mais a parallèlement affirmé qu’il ferait le nécessaire pour permettre une application la plus large possible de ce texte quitte, sur certains éléments, à passer par d’autres voies. Un discours apaisant mais pas totalement rassurant pour les socialistes catalans qui craignent que l’affrontement électoral pour Barcelone ne se déplace vers Madrid. En cause, la présence de députés de CiU aux cortes qui pourraient porter quelques estafilades en proposant des transferts de compétence importants. Ces propositions, volontairement exagérées, ne pourraient qu’être solidairement refusées par le groupe socialiste des cortes (auquel appartient le PSC), accentuant plus encore l’ambiguïté dans laquelle se trouve le parti au pouvoir à Barcelone. « Una trampita » (un petit piège) anticipée par José Montilla qui devrait demander à ses députés d’occuper le terrain et de faire des propositions de loi dans le cadre de l’estatut.

Les prochaines semaines devraient être déterminantes.

Estatuto de Cataluña: le tribunal constitutionnel a rendu son verdict.

juillet 1, 2010 § 2 Commentaires


Le tribunal constitutionnel espagnol a rendu ce lundi 28 juillet 2010 sa décision concernant les aspects inconstitutionnels de l’estatut de Catalunya (pour plus de précision sur cette affaire, déjà évoquée sur ce blog, rendez vous ici, ici et ici ). Cette décision, étonnamment peu commentée en France est pourtant un coup sérieux porté aux prétentions nationalistes et plus encore indépendantistes: l’arme juridictionnelle est parfois à double tranchant.

Une décision attendue.

La décision du tribunal constitutionnel espagnol est sans grande surprise. Dans son ensemble, elle reconnaît que sont constitutionnels une grande partie des articles de l’estatut transférant des compétences supplémentaires de Madrid vers Barcelone. Le contraire eut été surprenant étant donné qu’il reprend une grande partie les articles du statut de l’Andalousie qui n’a jusqu’à présent posé aucun problème d’ordre politique ou juridique majeur. C’est donc sur les points les plus polémiques et donc les plus cruciaux aux yeux des auteurs que s’est porté l’attention des 11 sages du tribunal constitutionnel (en temps normal, le TC espagnol est composé de 12 membres mais l’un d’entre eux  est décédé en 2008 et n’a pas encore été remplacé faute de consensus politique).

Une nation sans valeur juridique.

La couverture du premier estatut de Catalunya daté de 1932

La décision du tribunal constitutionnel se décompose en 4 pronunciamientos. Le texte de l’Estatut de catalunya étant particulièrement long (223 articles), les modifications décrites ci-dessous n’ont pas vocation à être exhaustives mais à signaler les éléments saillants.

Le premier « considérant » a cherché à faire preuve de diplomatie dans sa formulation et ne supprime pas les phrases de l’estatut faisant mention de la « Catalogne comme nation » ou même de « la réalité nationale catalane ». Cependant, et c’est un point important, elle ne reconnaît aucune valeur juridique à ces termes. Autrement dit, ces éléments du texte ne peuvent pas être pris en compte par le juge dans le cadre d’une décision, reléguant la mention de la « nationalité » catalane à l’état décoratif.

Dans un deuxième paragraphe, le TC continue d’écarter les éléments qu’il considère comme anticonstitutionnels. Ainsi, le juge constitutionnel espagnol a-t-il tout spécialement retoqué le texte en matière linguistique. L’estatut prévoyait notamment l’usage du catalan comme langue « normale et préférentielle » dans le rapport avec l’administration. Le TC a ainsi supprimé la mention « préférentielle ». Ce point a bénéficié d’un large appui au TC puisqu’il a été approuvé avec 8 voix.

Rafael Ribó i Massó occupe le poste de défenseur du peuple catalan

De même, le texte précisait que le  Sindic de Greuges c’est à dire le defensor del pueblo catalan était la seule autorité capable d’être saisie pour contester une décision de l’administration catalane. La notion d’exclusivité a elle aussi été retirée par le tribunal constitutionnel  rendant ainsi aux institutions espagnoles compétentes leur pouvoir de contrôle et de sanction.

Enfin, les critères fiscaux, apparemment techniques, mais hautement symboliques dans le cas présent, ont été revus, probablement pour respecter le critère de solidarité prévu dans la constitution. Le texte de juin 2006 prévoyait dans les faits, un remboursement total des retombées fiscales prélevées en Catalogne, c’est à dire un début très concret d’indépendance fiscale.

Une réaction partagée

Comme le souligne sur son blog Carles Campuzano i Canades, député du principal parti nationaliste catalan CiU (Convergencia i Unio), cette décision n’a eu que peu d’impact sur le citoyen espagnol moyen, plus soucieux d’un quotidien difficile (rapellons que l’Espagne dépasse les 20% de chômeurs) que des considérations juridiques et politiques de Catalogne. Il semble cependant que du coté de Barcelone, cette décision fasse plus de bruit. Ainsi, une manifestation avec pour slogan « nosaltres decidim, som una nacio » (nous choisissons, nous sommes une nation) s’organise pour le 10 juillet 2010. Il sera intéressant de la comparer avec la précédente manifestation de février 2006 organisée elle aussi en soutien à l’estatut sous le slogan « som una nació i tenim dret a decidir » (nous sommes une nation et avons le droit de décider) et qui avait réuni 1 million de personnes selon les organisateurs et 145.000 selon la police. Ci dessous une vidéo de propagande réalisée à l’occasion de cette manifestation.

Des élections à remporter

Cette victoire pour le partido popular (PP), parti de droite ayant déposé le recours, dans un contexte économiquement difficile pour l’Espagne (la Catalogne, traditionellement plus riche ne faisant pas exception), risque de tendre plus encore les relations entre la communauté autonome et l’Etat espagnol. Plusieurs personnalités comme le Sindic de Greuges ou encore le président du parlement catalan (la generalitat) ont affirmé leur désaccord avec la décision rendue. Les élections ayant lieu dans 3 mois en Catalogne, l’ensemble des partis et y compris le parti socialiste de catalogne (PSC), pourtant proche du PSOE, et actuellement au pouvoir a appellé son électorat a manifester. La frustration réelle ressentie par un certain nombre de catalans pousse, le contexte électoral aidant, les politiques à durcir leur discours vis à vis des dirigeants madrilènes.

La situation devient donc plus complexe, et favorable aux démonstrations de force. En effet, le TC ayant fermement posé les bornes de la compétence des autonomies, seul un revirement de jurisprudence (relativement improbable) ou un passage en force pourrait permettre à la Catalogne d’appliquer pleinement ce texte et de se rapprocher de l’indépendance.