Ciudad lineal ou l’urbanisme utopique.

juin 10, 2010 § 1 commentaire


Ciudad lineal est un quartier du Nord-Est de Madrid. Bien connu des Français anonymes ou illustres (Zinédine Zidane y réside) qui y sont présents en grand nombre du fait de la proximité du lycée français, ce quartier bourgeois a perdu partie de sa vocation initiale. Conçu par l’architecte Arturo Soria, cet ensemble urbanistique avait à l’origine vocation à lutter contre un phénomène récurrent: l’opposition entre centre-ville et banlieue.

La statue d'Arturo Soria se trouve à Madrid dans la rue du même nom

Un architecte utopiste

Arturo Soria est un architecte espagnol né en 1844 et décédé en 1920. Frappé par les problèmes de transport, d’hygiène et de surpopulation, influencé par le positivisme de son époque, il réfléchit à une organisation urbaine suceptible de réduire les inconvénients sociaux et de favoriser le bien être des classes populaires. Utopiste et voyant les choses en grand, il conçut le principe de la « ciudad lineal », c’est à dire la ville linéaire.

Un ensemble organisé

Le concept inventé par Arturo Soria était à la fois simple et réalisable. Si l’écrasante majorité  des villes sont fondées sur le même principe de l’entassement autour d’un point, sa ville idéale serait au contraire en longueur. Autour d’une avenue centrale occupée par un système de tramways, des trottoirs et une modeste route,  s’organisent des habitations similaires. Ces « logements sociaux » prévoient un jardin conséquent pour la culture vivrière et la plantation d’arbres fruitiers. Derrière ces habitations, et parallèlement à l’avenue centrale, une bande de terrain est réservée aux commerces et aux services publics et permet la limitation des déplacements et la répartition de l’activité économique sur l’ensemble de la ville. A un troisième niveau se situe l’activité industrielle. Enfin, les 4/5 de l’espace total devaient être consacré aux espaces naturels et agricoles. Tous les agrandissements devaient se plier à la règle de base: parallèle à l’avenue centrale.

L'avenue centrale faisait la part belle aux transports en communs et aux promenades

A terme, l’ensemble des villes d’Europe auraient dû communiquer par le biais de ces grandes avenues, « de Cadiz à Saint Petersbourg ».

Des applications concrètes

Ce modèle a été, et cela ne surprendra personne, repris principalement dans l’Union Soviétique et plus particulièrement à Magnitogorsk, ville minière Russe. La structure de ville linéaire a depuis disparu au profit d’un urbanisme plus anarchique.

En Espagne, un modèle de cité linéaire a été construit à l’écart de Madrid et a longtemps fonctionné comme une petite ville à part entière avant d’être engloutie par l’extension urbanistique de la capitale espagnole et de perdre finalement sa vocation sociale.

Aujourd’hui, Ciudad lineal n’est pas la ville révée par Arturo Soria mais reste un quartier agréable et avec une histoire. Pensez y si vous  passez…

PS: Merci a José Gimenez Cassina.

J’étais à Tian’anmen de Cai Chongguo

décembre 28, 2009 § 3 Commentaires


Cet ouvrage du dissident chinois Cai Chongguo (son blog ici) doit être pris pour ce qu’il est : le témoignage écrit d’un jeune homme pris dans les évènements du printemps de 1989 et désirant conserver, figé sur le papier, la mémoire qui est la sienne ; un carnet intime qui retrace une histoire personnelle qui, l’espace de quelques jours, se confond avec celle d’une nation.

Le récit est concis, clair et comporte cette dimension psychologique cruciale si l’on veut comprendre de façon précise ce qui peut pousser des dizaines de milliers de chinois a prendre part à une manifestation à l’échelle de leur pays. Ainsi, Cai Chongguo exprime la honte, la colère ressentie par les étudiants chinois devant le refus du gouvernement de traiter leurs demandes de réforme, modestes selon les dires de l’auteur. Il y  décrit également, peut être de façon quelque peu embellie, l’espoir formidable généré par cette manifestation et la responsabilité des manifestants face à la portée de leurs actes. Puis, les dernières pages racontent la fuite, et enfin l’exil de cet étudiant, devenu opposant, qui vit aujourd’hui en France.

Ce témoignage s’avère cependant éclairant quant à l’absence de réforme politique en Chine ces vingt dernières années. Tian’anmen, loin de libérer les forces démocratiques du pays a, au contraire, rendu le pouvoir plus réticent. Ces manifestations marquent en effet un coup d’arrêt à toute évolution institutionnelle alors même qu’à l’époque, l’ensemble du bloc soviétique se dirigeait peu à peu vers un modèle politique plus transparent.

Un mouvement similaire semble aujourd’hui se produire en Iran. La comparaison peut s’avérer hasardeuse mais de plusieurs points concordent à priori. D’abord un pouvoir dans un premier temps respecté mais qui semble figé dans des concepts qu’une part importante de la population rejette. Ensuite, l’avènement d’une opposition qui aspire à une réforme sans pour autant réclamer une révolution, renforçant par là la légitimité de ses acteurs. La mort d’un individu (Hu Yaobang pour la Chine, l’ayatollah Montazeri pour l’Iran), porté au rang de symbole et qui devient dès lors le catalyseur de cette aspiration populaire. Enfin, un gouvernement fortement idéologisé, crispé, qui n’a plus d’autre moyen que d’employer la force pour se maintenir au pouvoir. Espérons cependant que les évènements prendront une autre tournure. Selon les chiffres les plus vraisemblables, les répressions des manifestations de Tian’anmen auraient fait entre 800 et 2500 morts.

Des documents à la portée de tous?

mai 5, 2009 § 1 commentaire


            Plusieurs articles commentent depuis quelques jours une tendance qui semble se généraliser : la publication sur Internet de documents historiques.

             La création récente de la bibliothèque numérique mondiale (www.wdl.org) en est peut être l’exemple le plus significatif. Outre l’ intérêt pour le spécialiste de pouvoir consulter des documents jusqu’ici difficiles d’accès (le risque de renverser son café sur une pièce historique inestimable étant définitivement écarté), le profane ou le simple curieux pourra s’y promener et ce faisant s’imprégner d’un style et d’une ambiance caractéristique de chaque époque et de chaque région du globe.

             Je vous propose à titre d’exemple un coup d’oeil sur deux jeux de société : le « jeu de France »  de 1659 et « le jeu géographique de la République Française » de 1795. Ces deux jeux de l’oie, usent du contexte de leur époque pour donner au jeu un aspect aventureux : « Qui ira en Provence cotte 58, il s’embarquera à Marseille dans le dessein de faire le voiage (étonnante orthographe) d’Italie, mais il sera pris par les corsaires d’Alger et il paiera rançon pour pouvoir continuer son jeu » ou encore « Celui qui arrivera au nombre 42 oú est le département de l’Ain, voisin de la Savoye, paiera le prix convenu et y restera en sentinelle jusqu’à ce qu’un autre vienne l’en relever » en référence aux comités de surveillance révolutionnaire mis en place dans la région  à la fin du XVIIIème siècle. 

            Une  intéressante façon de se replonger dans l’Histoire: à consommer sans modération.

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