Une majorité nationaliste au parlement catalan

décembre 1, 2010 § Poster un commentaire


Dimanche 28 novembre au soir, tombaient les résultats des élections catalanes. Si les sondages prédisaient déjà une victoire du groupe nationaliste  CiU, rares étaient les pronostics accordant une si large victoire au parti d’Artur Mas. Avec 62 députés sur 135 sièges, le parti obtient une majorité confortable mais pas absolue.

 

Artur Mas dans les bras de Duran i Lleida au moment de la proclamation des résultats

Une victoire presque totale

 

La nouvelle composition du parlement catalan signe la fin du tripartisme qui prévalait jusqu'alors

Avec plus d’un million de suffrages exprimé en leur faveur, les nationalistes catalans de Convergencia i Unio ont remporté une large victoire. Plus incisifs mais également plus « généralistes » que leurs adversaires politiques directs, le parti mené par Artur Mas a avant tout bénéficié de son image de sérieux et de compétence face à la crise économique qui touche l’Espagne en général et la Catalogne en particulier. Précisons que CiU était déjà le parti le plus important lors des élections autonomiques de 2006 mais qu’une coalition entre le Partis Socialiste de Catalogne (PSC), Ezquerra Republicana de Catalunya (ERC, parti d’extrême gauche indépendantiste) et Iniciativa per Catalunya Verds (ICV, parti d’extrême gauche, écologiste et indépendantiste) avait été forgée. Formalisée par le « Pacte de Tinell », le Govern tripartit avait permis à José Montilla (PSC) de prendre la présidence de la Generalitat. Ce pacte  (tirant son nom du salon de Barcelone où il a été signé) précisait pour l’anecdote, outre une série de mesures et de principes, « qu’aucune alliance avec le PP, à la Generalitat comme au niveau de l’Etat » n’était possible.

Le tripartisme paye la crise économique et l’échec partiel de l’estatut

Ce sont aujourd’hui ces mêmes partis qui se retrouvent fragilisés. En effet, le PSC, meneur du tripartisme a effectué le plus mauvais score de toute son histoire et n’obtient que 28 sièges (contre 37 en 2006). De même, ERC voit son importance au parlement décroître fortement et perd plus de la moitié de ses représentants (10 en 2010 contre 21 en 2006) tandis  qu’ICV voit le nombre de ses députés passer de 12 à 10.  C’est donc bien l’ensemble du tripartisme qui n’a pas su convaincre son électorat et qui voit aujourd’hui sa position fortement affaiblie.

Ce revers s’expliquent en grande partie par la crise économique qui frappe durement la Catalogne mais également par la décision récente du tribunal constitutionnel espagnol de limiter certains aspects de l’estatut. Ces deux raisons semblent en effet se compléter pour expliquer la sérieuse défaite des tenants du pouvoirs en Catalogne depuis 2006, rendant dès lors difficile une lecture qui ne se fonderait que sur l’axe du nationalisme et de l’indépendantisme.

Une victoire de l’indépendantisme?

Joan Laporta et trois autres députés de SI font leur entrée à la Generalitat

La question mérite en effet d’être posée. En effet, si les partis nationalistes représentent une majorité écrasante, les partis indépendantistes ont en règle générale vu leur soutien populaire diminuer (24 aujourd’hui contre 33 en 2006).  A noter cependant, l’arrivée à la generalitat du parti indépendantiste Solidaridat Catalana per la Independencia (SI) mené par l’ancien président du FC Barcelone Joan Laporta qui recueille 4 sièges.

Parallèlement, le parti que l’on peut qualifier « d’anti-nationalistes » qu’est le PP est passé de 14 à 18 représentants, passant devant ERC comme troisième force politique de cette région. Le parti de droite « castillane » devient dès lors une option possible d’alliance pour CiU bien que controversée.

Quel alliance politique pour CiU?

Ainsi, dans un débat télévisé précédant les élections, Artur Mas avait ainsi laissé plané une nécessaire ambigüité sur la position indépendantiste de CiU, estimant qu’un référendum sur l’indépendance n’était pas contraire à la constitution (contrairement à la position défendue par le Parti Socialiste Catalan (PSC) et le Partido popular (PP)) mais qu’il était nécessaire de la présenter  « au moment adéquat » afin d’être sûr de le remporter. En effet, le taux d’abstention encore relativement important pour ces élections (40%) et la prééminence des questions économiques relativise toute interprétation indépendantiste de ces élections.

Il n’apparaît donc pas excessif d’imaginer que les actions prioritaires de CiU devraient s’orienter avant tout vers une relance de l’économie quitte à mettre de coté, du moins temporairement, la question souverainiste catalane. Ce refus dans  l’immédiateté de la revendication indépendantiste ainsi que la vision, plus consensuelle et probablement plus fine, privilégiant une autonomie quasi-totale, vaut cependant a CiU le refus des partis les plus indépendantistes de se ranger à leur coté. Joan Laporta (SI) a ainsi marqué son opposition à tout accord avec le parti majoritaire tant que celui ci refuserait de signer une « déclaration unilatérale d’indépendance » sur le modèle du Kosovo.

Ainsi, l’un des propositions clé de la campagne d’Artur Mas, à savoir la mise en place d’un concierto economico (accord économique) a partiellement remis en cause par le numéro 2 de CiU, Felip Puig. Ce système fiscal dont bénéficie le Pays Basque et la Navarre pour des raisons historiques devait être mis en place pour réduire le « déficit fiscal » de la Catalogne vers l’Espagne de 10% de son PIB à 5%. Par la remise en cause partielle de cette proposition, CiU envoie un signe au PP et au PSC, afin d’obtenir, si ce n’est le soutien, au moins l’abstention de ces partis lors du vote déterminant le président de la Generalitat. ERC pourrait également s’abstenir, garantissant ainsi l’élection d’Artur Mas dès le premier tour.

Un record du monde en faveur de l’indépendance de la Catalogne

novembre 6, 2010 § Poster un commentaire


Certains connaissent déjà le principe du lipdub. Cette vidéo promotionnelle conçue sous la forme d’une succession de plans séquence, systématiquement accompagnée d’une musique que les participants chantent en playback. Venue, comme souvent, des Etats-Unis, cette technique de communication a pour objectif de créer un « buzz » et donc un rayonnement important à un coût très limité. Comme ont pu le montrer certaines expériences, l’effet n’est pas toujours positif pour les organisateurs. Souvenons-nous à ce titre du fameux lipdub des « jeunes pop » ou même de celui des Verts, guère plus réussi. Au départ purement promotionnelle, cette mode, semble cependant s’ancrer plus profondément dans le domaine du politique.

Le plus grand lipdub du monde en faveur de l’indépendance catalane.

C’est dans la localité de Vic que le plus grand lipdub du monde a été tourné. L’idée ici est simple. A quelques jours des élections en Catalogne plus de 5000 personnes se sont réunies pour montrer un soutien populaire à l’indépendance et donc indirectement à l’ensemble des partis nationalistes qui se présentent.

CiU en tête mais un nombre d’indécis important.

Selon un sondage réalisé par le centre d’études d’opinion de la Generalitat, le parti nationaliste de centre Convergencia i Unio (CiU) remporterait les prochaines élections. Les sondages lui donnent en effet une avance de 10 points sur son principal adversaire le Parti socialiste de Catalogne (PSC). Comme décrit dans un précédent article, le PSC a en effet souffert politiquement de la décision du tribunal constitutionnel d’annuler les éléments les plus symboliques de l’estatut.

Cependant, le résultat des élections reste encore flou selon ces mêmes sondages. En effet, si CiU conforte une avance notable avec près de 24% des intentions de vote devant le PSC avec 14,4%, le pourcentage d’indécis  se stabilise à près de 17% et pourrait faire basculer l’élection.

Enfin, il est intéressant de noter que la logique nationaliste voire indépendantiste, inhérente aux élections catalanes, ne désamorce pas un mouvement qui se généralise dans les démocraties occidentales et se renforce depuis la crise de 2008: la défiance vis à vis du pouvoir politique. Ainsi, à la question « Quel parti vous semble le plus capable de résoudre les problèmes de la Catalogne? », 38% des catalans répondent « aucun », 19,8% « CiU » et seulement 7,7% « PSC ».

Bien que pessimiste, ce sondage peut être interprété comme favorable à CiU. En effet, plus fort et plus mobilisé ce parti de centre semble bénéficier d’une image plus positive au sein de la population catalane quant à sa capacité à assumer le pouvoir. Un élément que les catalans prendront certainement en compte dans maintenant trois semaines.

Face à la puissance chinoise, les relations entre L’Inde et la Corée du Sud s’intensifient.

septembre 15, 2010 § Poster un commentaire


L’information est passée presque inapperçue en France mais elle est pourtant révélatrice. Ce vendredi 3 septembre 2010, la Corée du Sud et l’Inde ont signé deux accords stratégiques à l’occasion d’une visite du ministre de la Défense indien M. Arackaparambil Kurian Antony  à son homologue sud-coréen M. Kim Tae-young. Une première puisque jamais un ministre de la Défense indien n’avait effectué une visite officielle en Corée du Sud.

Un renforcement de la coopération militaire

Les ministres de la Défense Indien et Sud-coréen lors de la signature (photos: chhindits.blogspot.com/)

Ces deux accords portent principalement sur un renforcement de la coopération militaire dans tous ses aspects. Ainsi, le premier de ces Memorandum of understanding (MoU), valable pour une durée cinq ans et renouvellable cinq autres années, comprend des accords en matière d’échange de renseignements militaire mais également des échanges d’officiers et la réalisation de manoeuvres aériennes ou maritimes conjointes. Un autre de ses volets comprend une coopération appronfondie pour les opérations humanitaire et de maintien de la paix.

Le second accord vise quant à lui en un échange qui se veut mutuellement profitable de compétences en lien avec les industries de Défense. La Corée est en effet à la pointe en matière de construction navale alors que l’Inde bénéficie d’une expérience importante en matière de logiciels informatiques. Le traité prévoit ainsi des échanges en matière de recherche et développement. Il précise que le développement d’équipements pour la marine ainsi que de systèmes électroniques est prioritaire.

Une « association stratégique »

Le président sud-coréen lors de sa visite au premier ministre indien.

La signature de ces deux accords ne doit pas être perçue comme un élément isolé. Ainsi, elle s’inscrit dans le cadre plus vaste d’une coopération renforcée entre New-Delhi et Séoul dont le point de départ avait été donné par la visite officielle du président sud-coréen, M. Lee Myunh bak , en janvier 2010. Au niveau politique, le projet de mettre en place un sommet annuel entre les plus hauts responsables de ces pays serait sur la table. Les relations économiques ont elles aussi profité de cet élan et notamment de l’accord de libre échange mis en place au 1er janvier 2010, bondissant de 70% au premier semestre de cette année. Parallèlement, l’Inde espère, avec l’aide de ce partenaire, profiter de cette impulsion pour continuer le développement de son parc nucléaire civil, domaine dans lequel les sud-coréens possèdent une compétence reconnue.

Contrer la Chine… et la Corée du Nord!

Il est difficile de ne pas voir derrière cette série d’accords et l’intensification des relations tant diplomatiques qu’économiques entre Séoul et New-Delhi une réponse à l’alliance, certes imparfaite, mais réelle qui peut exister entre la Corée du Nord et la Chine. 

Le destroyer Haïku participe à l'opération de lutte contre la piraterie en Somalie. (crédits photos: Stephane de Sakutin/AFP/Getty Images)

Face à la montée en puissance et aux nouvelles ambitions chinoises, l’Inde tend à vouloir conserver le contrôle de ses frontières terrestres, mais également une certaine prédominance sur l’Océan qui porte son nom. Or, la volonté de la Chine d’étendre plus largement son influence sur cette zone maritime est claire. La participation à la lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden de la Chine est historique puisque jamais depuis la dernière expédition de l’amiral Tcheng Ho entre 1431 et 1433, la Chine n’avait officiellement envoyé un navire jusqu’aux côtes africaines.

De son coté la Corée du Sud y voit un double avantage. En s’assurant le soutien de l’Inde, c’est à dire de l’un des rares pays de la zone qui pourrait s’opposer à la Chine en tant que puissance régionale voire mondiale, elle se prémunit, en tout cas partiellement, d’éventuelles velléités territoriales de l’Empire du milieu. De la même façon, cette « association stratégique » permet de contrebalançer le soutien chinois au régime nord-coréen. L’intensification récente des tensions entre la Corée du Sud et « l’état forteresse » incite cette première à prendre de sérieuses garanties en matière de sécurité et de Défense. Il est ainsi possible que les voyages récents de Kim-Jong Ill en Chine, outre qu’ils portaient sur sa succession, ne soient pas totalement dénués de liens avec la nouvelle coopération indo-coréenne.

Pour aller plus loin: Un blog sur le Chili!

janvier 22, 2010 § Poster un commentaire


L’Espagne et l’Amérique du Sud ont une longue histoire commune. Vous l’aurez remarqué, ce blog, si il ne traite pas exclusivement des péripéties politiques de notre voisin, y accorde cependant une certaine importance. Dans le même registre, je vous conseille le blog d’un ami et collègue, qui s’applique lui aussi à décrire les grands évènements qui bousculent la vie politique et culturelle du Chili (lien direct en cliquant ici). Bonne lecture à tous!

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