Face à la puissance chinoise, les relations entre L’Inde et la Corée du Sud s’intensifient.

septembre 15, 2010 § Poster un commentaire


L’information est passée presque inapperçue en France mais elle est pourtant révélatrice. Ce vendredi 3 septembre 2010, la Corée du Sud et l’Inde ont signé deux accords stratégiques à l’occasion d’une visite du ministre de la Défense indien M. Arackaparambil Kurian Antony  à son homologue sud-coréen M. Kim Tae-young. Une première puisque jamais un ministre de la Défense indien n’avait effectué une visite officielle en Corée du Sud.

Un renforcement de la coopération militaire

Les ministres de la Défense Indien et Sud-coréen lors de la signature (photos: chhindits.blogspot.com/)

Ces deux accords portent principalement sur un renforcement de la coopération militaire dans tous ses aspects. Ainsi, le premier de ces Memorandum of understanding (MoU), valable pour une durée cinq ans et renouvellable cinq autres années, comprend des accords en matière d’échange de renseignements militaire mais également des échanges d’officiers et la réalisation de manoeuvres aériennes ou maritimes conjointes. Un autre de ses volets comprend une coopération appronfondie pour les opérations humanitaire et de maintien de la paix.

Le second accord vise quant à lui en un échange qui se veut mutuellement profitable de compétences en lien avec les industries de Défense. La Corée est en effet à la pointe en matière de construction navale alors que l’Inde bénéficie d’une expérience importante en matière de logiciels informatiques. Le traité prévoit ainsi des échanges en matière de recherche et développement. Il précise que le développement d’équipements pour la marine ainsi que de systèmes électroniques est prioritaire.

Une « association stratégique »

Le président sud-coréen lors de sa visite au premier ministre indien.

La signature de ces deux accords ne doit pas être perçue comme un élément isolé. Ainsi, elle s’inscrit dans le cadre plus vaste d’une coopération renforcée entre New-Delhi et Séoul dont le point de départ avait été donné par la visite officielle du président sud-coréen, M. Lee Myunh bak , en janvier 2010. Au niveau politique, le projet de mettre en place un sommet annuel entre les plus hauts responsables de ces pays serait sur la table. Les relations économiques ont elles aussi profité de cet élan et notamment de l’accord de libre échange mis en place au 1er janvier 2010, bondissant de 70% au premier semestre de cette année. Parallèlement, l’Inde espère, avec l’aide de ce partenaire, profiter de cette impulsion pour continuer le développement de son parc nucléaire civil, domaine dans lequel les sud-coréens possèdent une compétence reconnue.

Contrer la Chine… et la Corée du Nord!

Il est difficile de ne pas voir derrière cette série d’accords et l’intensification des relations tant diplomatiques qu’économiques entre Séoul et New-Delhi une réponse à l’alliance, certes imparfaite, mais réelle qui peut exister entre la Corée du Nord et la Chine. 

Le destroyer Haïku participe à l'opération de lutte contre la piraterie en Somalie. (crédits photos: Stephane de Sakutin/AFP/Getty Images)

Face à la montée en puissance et aux nouvelles ambitions chinoises, l’Inde tend à vouloir conserver le contrôle de ses frontières terrestres, mais également une certaine prédominance sur l’Océan qui porte son nom. Or, la volonté de la Chine d’étendre plus largement son influence sur cette zone maritime est claire. La participation à la lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden de la Chine est historique puisque jamais depuis la dernière expédition de l’amiral Tcheng Ho entre 1431 et 1433, la Chine n’avait officiellement envoyé un navire jusqu’aux côtes africaines.

De son coté la Corée du Sud y voit un double avantage. En s’assurant le soutien de l’Inde, c’est à dire de l’un des rares pays de la zone qui pourrait s’opposer à la Chine en tant que puissance régionale voire mondiale, elle se prémunit, en tout cas partiellement, d’éventuelles velléités territoriales de l’Empire du milieu. De la même façon, cette « association stratégique » permet de contrebalançer le soutien chinois au régime nord-coréen. L’intensification récente des tensions entre la Corée du Sud et « l’état forteresse » incite cette première à prendre de sérieuses garanties en matière de sécurité et de Défense. Il est ainsi possible que les voyages récents de Kim-Jong Ill en Chine, outre qu’ils portaient sur sa succession, ne soient pas totalement dénués de liens avec la nouvelle coopération indo-coréenne.

Un membre de l’ETA avoue plusieurs tentatives d’attentat au missile surface-air.

février 4, 2010 § 3 Commentaires


Cette information est tirée de la trés sérieuse revue Atenea dont le directeur est le président de l’APDef (association de journaliste de Défense qui a récemment fêté sa première année d’activité). Elle a été reprise par la plupart des grands médias espagnols.

J.M Aznar avait déjà était victime d'un attentat en avril 1995 d'où il était sorti indemne

L’interrogatoire d’un membre de l’ETA a récemment révélé que trois tentatives d’attentat contre José Maria Aznar avaient été planifiées en 2001 à l’aide de missiles surface-air. La procédure prévue était simple, il s’agissait de tirer avec un missile de type SA-7 Grail  à guidage infrarouge sur l’avion du président  au décollage ou à l’atterrissage à l’occasion d’une de ses visites au pays basque. Aucun élément public ne permet aujourd’hui de connaître les raisons de l’échec de ces attentats. Plusieurs médias évoquent une possible erreur de manipulation de la part des terroristes basques voire plus simplement le mauvais état du matériel. Si il avait réussi cet attentat aurait été une victoire symbolique importante pour l’ETA qui n’est pas parvenu à atteindre un haut représentant politique depuis la mort de Carrero Blanco en 1973.

Des précédents et des quantités inquiétantes

Un missile SA-7, ici lancé par un militaire Nicaragueyen

Les missiles 9K32 Strela-2, aussi appelés SA-7 Grail dans le jargon de l’OTAN, ont été conçus et produits par l’URSS durant la guerre froide. Ils s’avèrent particulièrement efficace contre les avions et hélicoptères et sont toujours utilisés par de nombreuses armées de par le monde. Leur facilité d’utilisation (un homme suffit à la mise à feu et il peut facilement se transporter dans le coffre d’une voiture) et leur « disponibilité » relativement importante dans les stocks des trafiquants d’arme (de nombreux exemplaires ont disparu lors du démantèlement des républiques soviétiques) en font un matériel particulièrement dangereux hors du contexte purement militaire. Ils sont parallèlement très difficiles à repérer ou à intercepter.

Selon un rapport de l’institut français des relations internationales (IFRI), on estime à près de 600.000 le nombre de missiles du même type dans le monde. Entre 5000 et 150.000 armes de cette catégorie appartiennent à des organisation non étatiques et sont ou ont été utilisées par des organisations comme l’IRA, les FARC colombiens, le PKK Kurde, le Hezbollah ou encore différentes mafias, tout spécialement russe ou des pays de l’ancien bloc soviétique. Souvent employés en situation de guerre asymétrique, ces missiles de courte portée connaissent une utilisation effective à des fins terroristes et contre des populations civiles: 35 avions civils ont ainsi été détruits par des « manpads » au cours des 25 dernières années.

Quelles solutions?

Prévenir une attaque terroriste utilisant ce genre d’arme est extrêmement complexe. Le travail de renseignement, d’infiltration et de démantèlement des trafics est à ce titre primordial. En effet, sécuriser les abords des aéroports semble impossible puisqu’elle nécessiterait d’interdire l’accès et de contrôler l’équivalent de 750km² soit à peine moins de la superficie de la commune la plus étendue de France métropolitaine, Arles. La possibilité de mettre en place des mesures préventives de détection des risques notamment par un système de « veille citoyenne » est évoqué par certains experts mais reste limitée.

Des leurres thermiques équipent les avions militaires de combat comme de transport. Ici un Hercules C-130

Les rapports sur le sujet évoquent également l’option consistant à équiper les avions civils, voire les aéroports eux-même d’un système de détection des missiles et de leurres thermiques ou lasers équivalent à celui qui équipe les avions militaires. Les attentats « ratés » de Mombasa en 2002 laissent entendre que les compagnies aériennes civile israélienne avaient déjà pris ce genre de mesure peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001 .  Si ces instruments réduisent les risques, ils ne garantissent cependant pas la même fiabilité face à tous les missiles surface-air. Cette option irait de paire avec un processus de « camouflage » des avions c’est à dire une limitation de ses émissions de chaleur. Le coût d’une telle mesure se chiffre à plusieurs centaines de milliers d’euros par appareil.

La loi des droits et devoirs militaires : Quelle modernisation pour l’armée espagnole? (1/2)

janvier 25, 2010 § 3 Commentaires


La nomination d'une femme, enceinte de surcroît, à la tête du ministère de la Défense constituait à l'époque une petite révolution

Dans un article récent, j’évoquais (photo à l’appui) l’intense processus de modernisation que connaît l’armée espagnole depuis 1981. Grâce à cette transformation, elle est devenue l’institution la plus appréciée des Espagnols avec plus de 70% d’opinion favorable. Ainsi, les ministres de la Défense successifs ont cherché, avec plus ou moins de réussite, à moderniser les moyens, mais surtout la place et le fonctionnement d’une institution autrefois symbole du franquisme. Après l’application de la très controversée loi de carrière militaire lancée par José Bono, son prédécesseur et actuel occupant du « perchoir », la médiatique ministre de la Défense Carme Chacon s’attaque désormais aux questions qui relèvent des droits et devoirs des militaires dans un contexte de multiplication des contentieux.

Moderniser les droits, devoirs et sanctions.

Les règles de comportement des militaires, et les sanctions qui les accompagnent sont régies par le code pénal militaire, rédigé en 1985. Ce code prévoit, par exemple, jusqu’à 6 ans de prison en cas de désertion. A titre de comparaison, en France, la désertion est passible d’un maximum de 3 ans de prison en temps de paix et peut aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité dans les cas les plus graves. Dans les faits cependant, la justice, que ce soit en Espagne ou en France, n’est que peu confrontée à ce genre de cas et les décisions se contentent dans une écrasante majorité d’une condamnation à la prison avec sursis.

Deux échos: entre abnégation complète et « citoyen en uniforme ».

La question des droits et devoirs des militaires est plus polémique qu’il n’y paraît. Bien que plus en accord avec la société, l’armée reste un bastion conservateur. La question de l’éthique du militaire mais surtout l’idée de sacrifice, de don de soi, est toujours fortement implantée et possède une dimension religieuse encore importante. Les chants, la tenue ou encore les manifestations publiques de la légion espagnole sont, en ce sens, univoques.

les "fiancés de la mort", surnom donné aux membres de la légion espagnole.

Cependant, il est intéressant de considérer que l’allègement des sanctions semble, en règle générale, approuvée par le milieu militaire sans toutefois pleinement satisfaire les juristes. Parmi les critiques, les actuelles règles  mais également le défaut de transparence de la justice militaire seraient incompatible avec certaines dispositions communautaires voire avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). La réforme prévue ne résoudrait que très partiellement ces incohérences.

Avec comme objectif de faire une loi « consensuelle » selon ses propres termes, la ministre de la Défense a convoqué mi-janvier les représentants des groupes parlementaires afin de leur présenter son projet de loi.  Dans la même optique, le Congreso de los diputados recevra prochainement les associations de militaires (les deux principales étant l’Association de militaires (AME) et l’Association unifiée de militaires (AUME)). Cette entrevue consacre avant l’heure l’un des aspects du projet de loi accordant à ces associations le statut d’interlocuteurs privilégiés.

Je tenterai de décrire dans un prochain article le contenu du texte qui sera effectivement voté.

Piraterie: Le thonier espagnol Alakrana capturé.

octobre 2, 2009 § Poster un commentaire


alakrana_vigoLe thonier espagnol « Alakrana » a été abordé aujourd’hui (2 octobre 2009) et son équipage (30 personnes dont 20 espagnols) pris en otage au large des côtes somaliennes. Cette information intervient alors que la saison de pêche au thon bat son plein depuis fin août et que l’opération « Atalante » se poursuit. Cette dernière, première opération maritime conjointe de l’Union Européenne a pour objectif d’assurer la sécurité des navires passant par le Golfe d’Aden (carte ici).

Au moment de l’attaque, le bateau de pêche se situait à 300 milles au sud de la zone « sécurisée » par les bâtiments militaires européens. L’enlèvement de ce navire n’est pas sans rappeler la prise en otage du thonier basque « Playa de Bakio » en avril 2008.

Une anecdote?

Il est difficile de mesurer en France  l’importance que revêt la saison de pêche au thon de l’autre coté des Pyrennées. Deuxième plus grand consommateur de poisson après le Japon, l’Espagne possède une flotte de pêche conséquente, principalement située au Pays Basque. La sensibilité politique de cette zone et la présence de représentants du PNV (Parti Nationaliste Basque) au parlement national donne à ces évènements un relief et une couverture médiatique considérable.

Dans ce contexte, il est d’autant plus étonnant de noter les réticences du gouvernement espagnol à engager plus de troupes pour protéger ses navires de pêches ainsi son refus de faire embarquer, sur les thoniers même, un ou plusieurs membres des forces armées dans le but de prévenir les attaques pirates. Décrit comme « peu efficient » et « insuffisant » par la ministre de la Défense espagnole Carme Chacon, ce procédé est pourtant déjà utilisé par la France pour certains navires transitant ou péchant dans la zone.

On ignore à l’heure actuelle si des contacts ont eu lieu entre les ravisseurs et les autorités compétentes. La politique de l’Espagne dans le domaine a jusqu’à présent été la négociation. Pour le « Playa de Bakio », l’armateur avait capitulé et payé les 1,2 millions d’euros réclamés par les pirates.

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