Un record du monde en faveur de l’indépendance de la Catalogne

novembre 6, 2010 § Poster un commentaire


Certains connaissent déjà le principe du lipdub. Cette vidéo promotionnelle conçue sous la forme d’une succession de plans séquence, systématiquement accompagnée d’une musique que les participants chantent en playback. Venue, comme souvent, des Etats-Unis, cette technique de communication a pour objectif de créer un « buzz » et donc un rayonnement important à un coût très limité. Comme ont pu le montrer certaines expériences, l’effet n’est pas toujours positif pour les organisateurs. Souvenons-nous à ce titre du fameux lipdub des « jeunes pop » ou même de celui des Verts, guère plus réussi. Au départ purement promotionnelle, cette mode, semble cependant s’ancrer plus profondément dans le domaine du politique.

Le plus grand lipdub du monde en faveur de l’indépendance catalane.

C’est dans la localité de Vic que le plus grand lipdub du monde a été tourné. L’idée ici est simple. A quelques jours des élections en Catalogne plus de 5000 personnes se sont réunies pour montrer un soutien populaire à l’indépendance et donc indirectement à l’ensemble des partis nationalistes qui se présentent.

CiU en tête mais un nombre d’indécis important.

Selon un sondage réalisé par le centre d’études d’opinion de la Generalitat, le parti nationaliste de centre Convergencia i Unio (CiU) remporterait les prochaines élections. Les sondages lui donnent en effet une avance de 10 points sur son principal adversaire le Parti socialiste de Catalogne (PSC). Comme décrit dans un précédent article, le PSC a en effet souffert politiquement de la décision du tribunal constitutionnel d’annuler les éléments les plus symboliques de l’estatut.

Cependant, le résultat des élections reste encore flou selon ces mêmes sondages. En effet, si CiU conforte une avance notable avec près de 24% des intentions de vote devant le PSC avec 14,4%, le pourcentage d’indécis  se stabilise à près de 17% et pourrait faire basculer l’élection.

Enfin, il est intéressant de noter que la logique nationaliste voire indépendantiste, inhérente aux élections catalanes, ne désamorce pas un mouvement qui se généralise dans les démocraties occidentales et se renforce depuis la crise de 2008: la défiance vis à vis du pouvoir politique. Ainsi, à la question « Quel parti vous semble le plus capable de résoudre les problèmes de la Catalogne? », 38% des catalans répondent « aucun », 19,8% « CiU » et seulement 7,7% « PSC ».

Bien que pessimiste, ce sondage peut être interprété comme favorable à CiU. En effet, plus fort et plus mobilisé ce parti de centre semble bénéficier d’une image plus positive au sein de la population catalane quant à sa capacité à assumer le pouvoir. Un élément que les catalans prendront certainement en compte dans maintenant trois semaines.

La Generalitat vote l’interdiction des corridas en Catalogne.

juillet 28, 2010 § Poster un commentaire


©torobull.com

Le mercredi 28 juillet 2010, le parlement catalan décidait par 68 voix contre 55 (et 9 abstentions) d’interdire la corrida en Catalogne à partir de 2012. Cette décision, prise dans un contexte européen plutôt favorable doit être perçue au travers de plusieurs prismes: la question des droits des animaux mais également celle, symbolique, de la culture espagnole.

Un antécédent notable et une tendance favorable .

Il est important de noter tout d’abord que cette interdiction est le fruit d’un long processus qui arrive aujourd’hui à son terme en Catalogne mais qui pourrait s’étendre géographiquement à l’avenir. En effet, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Catalogne n’est pas la première autonomie espagnole à interdire cette activité sur son territoire. Déjà en 1991, le parlement des Canaries votait un texte sur la protection des animaux visant au départ à lutter contre les combats de chiens et de coqs (populaires là-bas) mais qui par une interprétation extensive avait servi de support juridique à l’interdiction des corridas. Dans le cas présent, cet élément n’avait pris qu’une importance toute relative étant donné la faible activité et le peu d’engouement des Canariens pour la corrida.

De même en 2007, à l’initiative de lobbies de protection des animaux, le parlement européen s’était prononcé sur une éventuelle interdiction de la corrida dans l’ensemble des pays membres (dont bien évidemment l’Espagne, mais également la France). Cette déclaration, bien qu’ayant été rejetée par une large majorité (74%) montrait une capacité de mobilisation importante sur la question. Il est parallèlement nécessaire de prendre en compte dans l’analyse de ce résultat la volonté des parlementaires européens de consolider la légitimité de l’Union Européenne et à ce titre de ne pas adopter de positions qui seraient perçues comme une attaque frontale contre les éléments d’identité d’un des Etats membres (souvenons-nous des délibérations sur le fromage au lait cru!).

Enfin, dans le même temps, les lobbies tels la SPA ont réussi à imposer la question de la cruauté envers les animaux comme centrale dans le débat sur la corrida au détriment de l’aspect culturel, pourtant important pour saisir l’ensemble de la question. Ainsi, la fondation Brigitte Bardot est même allée jusqu’à solliciter l’avis du Dalaï Lama, qui s’est prononcé dans le sens d’un arrêt de ces manifestations.

C’est dans ce contexte que l’association Prou! (Assez!) a porté devant le parlement catalan une pétition recueillant 140.000 signatures qui demandait l’interdiction pure et simple de la corrida.

La "plateforme" Prou! (Assez! en catalan) est à l'origine de cette proposition de loi.

Le droit des animaux comme prétexte politique.

Il est cependant difficile de ne pas suspecter, derrière cette soudaine sensibilité des députés catalans, une arrière-pensée politique. Cet aspect a été souligné notamment par le député du Partido de la Ciudadania (parti de centre regroupant des intellectuels catalans opposés au nationalisme) Albert Rivera. Dans sa déclaration à la tribune, ce dernier rappelait le goût bien connu du président de la Generalitat pour les corridas cherchant ainsi à démontrer qu’être Catalan et amateur de tauromachie était parfaitement possible. « Ce débat est une hypocrisie », remarque le jeune chef de parti, accusant les députés nationalistes de vouloir « créer un modèle uniforme qui cherche à éliminer tout ce qui sent, tout ce qui rappelle que la Catalogne fait partie de l’Espagne ». Le président de la Generalitat, José Montilla (Parti socialiste de Catalogne), a quant à lui voté contre le texte et a été massivement suivi par son parti mais pas par sa coalition.

La différence s’est donc faite sur une distinction autre que la classique opposition entre majorité et opposition. 61 des 68 votes favorables à cette interdiction proviennent en effet des différents partis nationalistes qui composent le parlement catalan soit Convergencia i Unio (CiU) avec 32 voix, Ezquerra Republicana per Catalunya (ERC) avec 21 voix et enfin le groupe Iniciativa per Catalunya Verds (ICV) allié à Ezquerra unida i Alternativa (EUiA) avec 13 voix. Difficile dès lors, de croire que la protection des animaux a été la principale motivation de la Generalitat. Le contexte de tension entre Barcelone et Madrid ne fait que renforcer cette hypothèse.

Sauf changement législatif, la "plaza de toros monumental" de Barcelone devra cesser d'organiser des corridas dès 2012

L’histoire ne devrait cependant pas s’arrêter là. La présidente du Partido Popular (PP droite) en Catalogne a déjà annoncé son intention de proposer aux Cortes (équivalent espagnol de l’Assemblée nationale) et au Sénat l’intégration de la corrida à la liste des éléments d’intérêt culturel, attribuant à cette manifestation une protection juridique qui la retirerait des compétences de la communauté autonome, rendant ainsi caduque le texte voté. Affaire à suivre.

Ciudad lineal ou l’urbanisme utopique.

juin 10, 2010 § 1 commentaire


Ciudad lineal est un quartier du Nord-Est de Madrid. Bien connu des Français anonymes ou illustres (Zinédine Zidane y réside) qui y sont présents en grand nombre du fait de la proximité du lycée français, ce quartier bourgeois a perdu partie de sa vocation initiale. Conçu par l’architecte Arturo Soria, cet ensemble urbanistique avait à l’origine vocation à lutter contre un phénomène récurrent: l’opposition entre centre-ville et banlieue.

La statue d'Arturo Soria se trouve à Madrid dans la rue du même nom

Un architecte utopiste

Arturo Soria est un architecte espagnol né en 1844 et décédé en 1920. Frappé par les problèmes de transport, d’hygiène et de surpopulation, influencé par le positivisme de son époque, il réfléchit à une organisation urbaine suceptible de réduire les inconvénients sociaux et de favoriser le bien être des classes populaires. Utopiste et voyant les choses en grand, il conçut le principe de la « ciudad lineal », c’est à dire la ville linéaire.

Un ensemble organisé

Le concept inventé par Arturo Soria était à la fois simple et réalisable. Si l’écrasante majorité  des villes sont fondées sur le même principe de l’entassement autour d’un point, sa ville idéale serait au contraire en longueur. Autour d’une avenue centrale occupée par un système de tramways, des trottoirs et une modeste route,  s’organisent des habitations similaires. Ces « logements sociaux » prévoient un jardin conséquent pour la culture vivrière et la plantation d’arbres fruitiers. Derrière ces habitations, et parallèlement à l’avenue centrale, une bande de terrain est réservée aux commerces et aux services publics et permet la limitation des déplacements et la répartition de l’activité économique sur l’ensemble de la ville. A un troisième niveau se situe l’activité industrielle. Enfin, les 4/5 de l’espace total devaient être consacré aux espaces naturels et agricoles. Tous les agrandissements devaient se plier à la règle de base: parallèle à l’avenue centrale.

L'avenue centrale faisait la part belle aux transports en communs et aux promenades

A terme, l’ensemble des villes d’Europe auraient dû communiquer par le biais de ces grandes avenues, « de Cadiz à Saint Petersbourg ».

Des applications concrètes

Ce modèle a été, et cela ne surprendra personne, repris principalement dans l’Union Soviétique et plus particulièrement à Magnitogorsk, ville minière Russe. La structure de ville linéaire a depuis disparu au profit d’un urbanisme plus anarchique.

En Espagne, un modèle de cité linéaire a été construit à l’écart de Madrid et a longtemps fonctionné comme une petite ville à part entière avant d’être engloutie par l’extension urbanistique de la capitale espagnole et de perdre finalement sa vocation sociale.

Aujourd’hui, Ciudad lineal n’est pas la ville révée par Arturo Soria mais reste un quartier agréable et avec une histoire. Pensez y si vous  passez…

PS: Merci a José Gimenez Cassina.

Violence et jeux vidéo, où se situe la limite?

mars 22, 2010 § 2 Commentaires


Depuis plusieurs années, le monde des joueurs (dont je fais partie), a vu la qualité des graphismes et des scénarios évoluer drastiquement. Le passage d’un amas de pixels au quasi photoréalisme et la mise en contexte d’une action souvent violente pose aujourd’hui la question du rapport du joueur à celle ci.  Récemment, la sortie du jeu Call of Duty Modern Warfare 2 a relancé le débat sur les limites à apporter à l’exhibition de violence dans ce que l’on appelle désormais les « loisirs vidéo-ludiques ». Pour vous faire une idée je vous propose de regarder la vidéo qui suit et qui reprend la scène du scandale. Ici, la crainte du mimétisme paraît justifiée.

Un média différent.

Les jeux vidéo ont progressivement gagné en réalisme, ici le jeu "prince of persia" dans sa version de 1989 (en haut) puis de 2003 (en bas)

La problématique de la violence, souvent gratuite, dans les jeux vidéos n’est pas sans rappeler les débats qui ont ponctué la montée en puissance des différents médias et plus particulièrement du cinéma. Cependant, à la différence du petit ou du grand écran qui placent le destinataire dans une attitude passive, le joueur prend ici part intégrante au déroulement de l’action et des évènements qui en découlent. La montée en puissance des activités vidéo-ludiques depuis une dizaine d’années est indéniable. De plus en plus répandue, de moins en moins limitée aux jeunes hommes et garçons, leur pratique touche désormais un plus large public, notamment avec l’apparition de consoles dites « casual » telle la Wii ou encore la Nintendo DS.

En 2005 les tabloids anglais soulevaient le rôle présumé qu’avait eu un jeu vidéo ultra violent (en l’occurence Manhunt) dans le meurtre d’un jeune garçon par l’un de ses « amis ». Le jeu avait ensuite été retiré des étalages anglais et son prix artificiellement augmenté dans la plupart des pays européens. Le jeu Grand theft auto où l’on incarne un mafieux désireux de monter en grade dans une ville corrompue fait régulièrement parler de lui.  Le débat n’est cependant pas nouveau. A la fin des années 70 le jeu Exidy’s Death Race avait été censuré au motif qu’il permettait de conduire sur une route tout en écrasant des « monstres » ressemblant étonamment à des piétons.

Symptôme, acteur ou nécessaire défouloir?

Les jeux non violent ont également du succès (ici Mario, PES et guitar hero)

Le fait est qu’à l’heure actuelle, les études manquent de recul sur le rôle et la possible influence sur les comportements. Il est cependant admis que la pratique des jeux vidéo n’augmente pas en soi la probabilité de passer à l’acte. Cependant, il s’avère que le lien entre comportement violent et jeux vidéo prend deux aspects. Le premier est lié au comportement caractérisé de manque que peut provoquer une addiction à un jeu ou au jeu en règle générale. A ce titre, la violence présente dans les jeux en eux-mêmes peut s’avérer être un ingrédient amplificateur mais pas suffisant. Le second est lié à la banalisation d’actions pourtant graves et au processus de désensibilisation que peut provoquer une confrontation trop fréquente à des scènes violentes. Ce processus, déjà remarqué lors d’une exposition à des programmes télévisés, serait d’autant plus puissant du fait des caractéristiques propres aux jeux vidéos.

Dans son ouvrage « Les jeux vidéo », paru en 1993 Pierre Bruno notait ainsi une constante: « La violence, dans bien des jeux, peut paraître d’autant plus condamnable qu’elle ne cherche même pas à se présenter comme un instrument, regrettable mais malheureusement inévitable, permettant l’accession à un monde meilleur ou la défense de valeurs éthiques ». Le problème résiderait donc dans un usage gratuit, une utilisation de la violence pour elle-même. Cet argument, si il est à mettre en lien avec l’envie des développeurs de vendre leur travail (suivant la même logique que les productions cinématographiques), ne doit peut être pas éclipser que cette violence sans conséquence peut également avoir un rôle canalisateur.

Il serait parallèlement dommage de considérer que les loisirs vidéo-ludiques ne se limitent qu’à des jeux violents. Rappelons à ce titre que les jeux de sport, d’aventure, ou encore musicaux connaissent un grand succès.

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